Chaton pâle et les insupportables petits messieurs, Gaëlle Duhazé

En s’approchant de Noël, on a parfois la tentation de replonger dans le monde de l’enfance. Donc, cédons-y pour découvrir un fantastique album jeunesse, Chaton Pâle et les insupportables petits messieurs. Il saura séduire les petits comme les grands.

Chaton pâle et les insupportables petits messieurs

Chaton Pâle et les insupportables petits messieurs, un régal de lecture.

Chaton Pâle vit seul en lisière de forêt. Il est timide, enrhumé et terriblement occupé par l’entretien de sa maison. Parfois, il aimerait bien sortir et découvrir le monde. Hélas, immédiatement des « insupportables petits messieurs » apparaissent avec leur kyrielle de menaces, sarcasmes et injonctions. Accablé de reproches, terrorisé (les messieurs affirment qu’il y a un crocodile dans le jardin), le pauvre chaton n’ose rien tenter.

Mais un jour, une chatte botaniste « Grand-mère Chat du Pissenlit » est victime d’un accident de corneille (!) juste devant la maison de notre chaton. Son arrivée va alors transformer la vie du chat souffreteux. Je ne vous en dis pas plus. L’histoire, en effet, est à savourer dans le texte original. Il faut découvrir les images à la fois tendres et décalées ainsi que les choix de mots absolument délectables.

Chaton Pâle et grand-mère chat du pissenlit

Grand-mère Chat du Pissenlit entre et regarde Chaton de ses grands yeux d’or et de miel: il lui semble vraiment tout pâle et tout petit. p.24.

Un modèle de réappropriation du conte.

Parce qu’il correspond aux canons du conte classique tout en s’y soustrayant librement, Chaton pâle et les insupportables petits messieurs est un exemple de réappropriation du genre. Voici quelques éléments particulièrement réussis :

Le choix du titre.

Le titre tout d’abord est une vraie réussite. Il est surprenant et évocateur. Il nous intrigue et nous donne envie de découvrir le texte. Qui sont ces « insupportables petits messieurs »? Pourquoi sont-ils insupportables ? Il annonce également bien le style de l’auteur, son talent pour créer des expressions improbables et symboliques.

Aller droit au but sans négliger la mise en place d’une atmosphère particulière :

Gaelle Duhazé ne perd pas de temps pour dire les choses importantes. Cependant son style reste poétique et les phrases regorgent d’expressions savoureuses. C’est sans doute son choix de détails qui marque ce succès. En peu de mots, en pointant juste un tout petit élément, elle crée une atmosphère et nous livre un portrait sensible :

 « … certains jours, que Chaton appelle « jours moisis » la maison lui semble petite et étriquée. Toutes les pièces sentent le renfermé, et des objets qui n’ont rien à faire là apparaissent un peu partout[1] ».

Ainsi, l’auteur ne nous dit pas que Chaton est mal de sa peau, mais nous le savons parce que nous le voyons.

Une identité stylistique

  • La structure du conte : Chaton pâle adopte la structure du conte et pas seulement parce qu’il commence par « Il était une fois…. ». Le personnage vit d’abord des épreuves, puis combat ses faiblesses et ses adversaires avec l’aide d’un mentor qui change sa vision du monde. Enfin, il se transforme radicalement du début à la fin. Pour marquer sa réussite, il change de nom en devenant grand. Le schéma classique fonctionne donc parfaitement.
  • Une autre identité : Néanmoins, si la structure est celle du conte, la mise en scène est radicalement différente. L’utilisation de l’illustration génère un parcours visuel énergique et émotionnel. De fait, les images n’accompagnent pas l’histoire, elles en font partie et l’auteur n’hésite pas à emprunter certains aspects de la BD, avec des dialogues, en dehors du récit, uniquement présentés sur l’illustration.
  • Le long et le court : l’auteur adapte aussi visuellement son texte pour lui donner plus d’effets. Certains paragraphes sont longs tandis que d’autres pages ne contiennent qu’une seule phrase. Mais c’est une phrase importante et la mise en scène en souligne les multiples interprétations.

    la vie remplie de Chaton Pâle

    une seule phrase et l’image pour l’interpréter.

  • Des expressions fabuleuses : à l’image du titre, le texte regorge d’expressions imagées comme « nuits de marécage », « jours moisis ». Des jeux sonores « la maison va s’écrouler, nom d’une baleine gangrénée ! » ponctuent aussi l’histoire comme des refrains. Le résultat : un délice à la lecture !
  • Un texte symbolique : vous l’avez sûrement compris, comme tout bon conte, Chaton pâle est un texte empli de symboles. Sans aucune culpabilisation, sans drame mais avec humour, Gaelle Duhazé trouve une très belle façon d’aborder les peurs ou les phobies en montrant un héros attachant qui apprend à  les combattre. La meilleur réussite de ce texte est sans aucun doute de traiter d’un problème psychologique sans jamais le nommer ni faire de morale. Un vrai grand conte.

Vous l’aurez compris, c’est un livre pour petits et grands et aussi un livre qui se lit différemment selon les âges, et c’est surtout un livre qui fait du bien.

les insupportables petits messieurs de Chaton Pâle

Les insupportables petits messieurs à l’oeuvre.

Envie d’en savoir plus? Retrouvez la bande annonce du livre  par la maison d’édition:

Et pour vous ? Quels ont donc été vos coups de cœur en littérature jeunesse cette année ? Donnez-nous vos recommandations !

[1] Gaëlle Duhazé, Chaton Pâle et les insupportables petits messieurs, 
Amboise, HongFei Cultures, à partir de 7 ans, p. 7. 
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