Ecrire et penser l’écriture avec Sophie Divry : « Rouvrir le roman ».

Penser l’écriture :

penser l'écriture rouvrir le roman

Avec son expérience d’écrivain et de critique, Sophie Divry met à notre disposition ses connaissances littéraires mais aussi ses propres « chantiers » d’écriture. Elle nous montre comment penser l’écriture, la renouveler, l’adapter aux exigences du moment présent et de l’histoire envisagée.

 

L’essai de Divry est d’accès facile, avec des exemples clairs et percutants. Un texte qui n’oublie ni l’humour ni les revendications et qui ouvre des pistes pour faire vivre la littérature contemporaine.

Ce que vous y trouverez :

La première partie du texte passe en revue les grands débats qui agitent la littérature contemporaine. On y trouvera ainsi :

  • La question de l’autonomie de l’auteur par rapport à la société.Penser l'écriture changer le roman
  • Des interrogations autour de l’engagement éthique dans la littérature.
  • Des points sur des problèmes de style, tel que la place symbolique du présent et du passé simple, des narrations chorales ou focalisations internes….
  • Et même les débats économiques qui agitent le monde du livre et l’influence qu’ils peuvent avoir sur les auteurs.

Toute cette première partie invite donc le lecteur à pour se poser des questions sur ce qu’est le roman contemporain, ce qui le fait, ce que serait innover en littérature.

Dans la deuxième partie, l’auteur expose avec générosité ces propres pistes de recherches. Nous découvrons ainsi cinq thématiques qui, selon elle, devraient être les grands chantiers de la littérature contemporaine :

  • La typographie.
  • La place du comique.
  • L’usage des métaphores.
  • L’écriture des dialogues.
  • Les choix de voix narratives.

Personnellement, tous ne me semblent pas d’égale importance. Mais chacun peut y trouver des pistes de réflexions intéressantes.

Ce qui m’a particulièrement marquée :

J’ai toujours été intéressée par les questions théoriques. Cependant,  j’avais l’impression que c’était un travail autre, un travail me faisait perdre en spontanéité d’écriture. A force de penser aux effets générés par ce que j’écrivais, je finissais par craindre de ne créer que des mécaniques sans âmes. Le livre de Sophie Divry m’a permis de ne plus voir la théorie comme une armature rigide et de la considérer comme une énergie supplémentaire, une forme de liberté.

De plus, comme le livre regorge d’anecdotes, de témoignages d’auteur, d’extraits de roman, il reste agréable à découvrir pour tous. (On peut aussi noter que le style de Divry n’a rien de pédant et est dépourvu de vocabulaire indéchiffrable aux non-initiés, ce qui n’est pas toujours le cas dans les approches critiques).

Enfin, dernière chose qui m’a particulièrement plu dans cet essai : Sophie Divry ne s’arrête pas aux questionnements. Pour elle, penser l’écriture c’est aussi proposer des pistes d’actions, des idées que chacun peut reprendre à son compte, réutiliser, personnaliser.

outils pour penser l'écriture

C’est parti pour l’expérimentation

Quelques citations qui ouvrent des pistes d’écriture :

Pour avancer, il faut comprendre les problèmes qui nous agitent et parfois nous enferment. Prendre conscience de son art de manière un peu plus intellectuelle ne s’oppose pas à la voix intérieure de l’écrivainLa théorie ne vient pas mettre de sens interdits. Elle lui permet d’éclairer le chemin[1].

 

La question qui se pose est : comment hériter avec intelligence des recherches du passé sans qu’elles vous dictent vos formes ni se transforment en nouveau conservatisme ? Comment transmettre sans figer ? Sans doute au prix d’une réflexion continuelle sur ce que les pistes d’hier rouvrent dans nos propres problématiques[2].

 

Cette recherche de nouvelles formes remplit deux fonctions très importantes. Premièrement, elle apporte des plaisirs nouveaux aux lecteurs et, partant, rend nécessaire, le roman comme forme d’art. Deuxièmement, elle permet au roman de dire quelque chose de notre époque qui ne peut être dit que par le roman et par cette époque[3].

 

Trop souvent considéré comme un supplément d’âme ou un  enfantillage, le comique est un ferment intellectuel majeur dans la création artistique. Il permet non seulement de réjouir le lecteur, ce qui n’a rien de honteux, mais aussi de servir de détonateur pour exploser les cadres établis et inventer des scènes et des personnages qu’on n’aurait pas osé imaginer autrement[4].

 

L’important est de se demander comment écrire ce monde, décrire le temps présent à travers le filtre irremplaçable et précieux de sa propre sensibilité[5].

Bonne découverte et n’hésitez pas à nous dire ce que vous en avez penser si vous le lisez !

 Penser l’écriture avec Sophie Divry, les références :

Sophie Divry, Rouvir le roman, Edition Noir sur Blanc, coll. Notabilia, 201p.

Penser l’écriture, pour en savoir plus : une interview de Sophie Divry sur France culture.

[1]Sophie Divry, Rouvrir le roman, p.23 
[2]Op.cit,p. 128.
[3]Op. cit, p. 23.
[4]Op.cit, p. 160. 
[5]Op. cit, p. 201.