Les focalisateurs : voir l’action à travers un regard

Qu’est-ce que les « focalisateurs » ?

« Focalisateurs », encore un terme technique ! Mais surtout, encore une astuce d’écriture à connaître et prendre en compte.  Le focalisteur, comme nous l’avons déjà dit, est celui à travers qui le lecteur regarde l’action…

qui réalise l'acte de décrire ?

qui regarde, qui décrit et pourquoi?

Grâce à lui, nous avons accès à un plus ou moins grand nombre d’informations selon qu’il s’agisse d’un focalisateur neutre, personnage ou général. Plus souple que le narrateur, il peut évoluer à l’intérieur d’un même texte et créer ainsi des effets intéressants.

Trois focalisateurs avec lesquels jouer :

Il existe trois types de focalisation, qui permettent de varier l’amplitude des connaissances auxquelles le narrateur, et donc le lecteur, auront accès :

  • FOCALISATION ZERO : le narrateur a accès à tous les points de vue des personnages et passe comme il veut de l’un à l’autre. C’est souvent le cas lorsque l’on a un narrateur externe (hétérodéigétique).
  • FOCALISATION INTERNE : le narrateur n’a accès qu’à la perception d’un personnage. Le plus souvent c’est le cas d’un narrateur personnage. Mais il peut s’agir aussi d’un narrateur externe qui raconte depuis le point de vue d’un seul personnage comme dans Ce que savait Maisie.
  • FOCALISATION EXTERNE : le narrateur n’a pas accès à l’intériorité des personnages. Il ne voit que ce qui se passe, comme un œil extérieur, sans être capable de saisir les pensées, émotions, raisonnements… Comme une caméra.

Un exemple pour plus de clarté :

Une image étant plus facile à comprendre qu’un discours, je vous propose de regarder les exemples de l’infographie.

Les trois types de focalisateurs dans une narration hétérodiégitique

Focalisation : les trois possibilités

Dans les trois cas, le lecteur se trouve face à la même situation, avec un narrateur hétérodiégétique (qui raconte le récit du dehors, à la troisième personne).

Ce qui change c’est le point de vue porté sur l’action.

FOCALISATION ZERO : Dans le premier exemple, le lecteur « perçoit » l’information grâce à un focalisateur qui sait tout. Il sait ce que pense Jean, ce que ressent sa femme, et même la suite de l’histoire. Il s’agit de la focalisation zéro. On parle aussi parfois de narrateur omniscient.

FOCALISATION INTERNE : Dans le deuxième cas, le lecteur perçoit la même chose que Jean, ni plus ni moins. C’est donc une focalisation interne, depuis l’intimité d’un personnage. Il ne peut y avoir d’explication ni de données sur l’épouse.

FOCALISATION ZERO :Dans le troisième cas, on « voit » les personnages depuis l’extérieur, mais on ne sait rien de leur intériorité. C’est la focalisation externe.

Jouer avec la focalisation

Dans un roman, lorsque l’on a un narrateur hétérodiégétique, on peut passer de l’une à l’autre des focalisations, parfois sans même sans rendre compte. Cela peut d’ailleurs créer des effets intéressants :

  • Effet de zoom, si l’on va d’une focalisation externe jusqu’à une focalisation interne.
  • Impression de multiplication, si l’action est successivement rendue par la focalisation interne de plusieurs personnages.
  • Effet d’empathie, si quelque chose est transmis par le regard d’un personnage, on a l’impression de réagir « avec lui ».

A vous de voir comment vous souhaitez doser l’information donnée au lecteur. Et n’oubliez pas que jouer avec la focalisation, c’est choisir par quel biais la donner pour qu’elle soit plus percutante, plus plaisante, plus adaptée à votre texte !

Bibliographie : Vincent Jouve, La poétique du roman, Armand Colin, 200, chp.2.

Pour suivre l’actualité de l’Echangeoir d’écriture, abonnez-vous à l’infolettre :