Les nouvelles de l’été: Raymond Gabaret et la divine équation 3/3

A peine eût-elle prononcé cette phrase que Lady de Montignant comprit qu’elle avait sans doute commis une erreur. Les yeux de Raymond allèrent de bas en haut à l’affut du moindre mouvement. Elle le vit compter, marmonner, elle reconnut la démarche, mais quelque chose était différent.

Raymond Gabaret équation

« Un deux trois » l’entendit-elle fredonner

« Je dois la trouver. Je veux savoir ce qu’ils allaient mettre à jour. Un, deux, trois. Un, deux, trois » lançait Raymond en arpentant la bibliothèque.

Il s’arrêta, dans sa tête quelque chose fulminait. Les chiffres allaient et venaient. Son cerveau suffoquait, s’étouffait sous la masse de calculs qui lui était demandé. Quand tout d’un coup il stoppa, il trouva.

« Zéro » se dit-il

« Zéro, c’est le zéro! » Se répéta-t-il en lui-même.

Mais bien sûr, c’est au centre du zéro, dans le monde obscur du néant, du nul. Je vois à travers, comme un œil ouvert sur des sciences inconnues des miracles de savoir. Je voyage, je suis la sève qui coule, la peau qui chemine, les étoiles qui scintillent. Je vois les oiseaux de fer, les hommes sous la mer, les citées interstellaires. Je découvre les mondes de l’ultra petit, les savoirs du corps et de l’esprit, la magie du ciel et de l’espace. Je suis les hommes qui s’émancipent, la rumeur des lumières qui peuple les villes, les planètes qui se colonisent. Je marche et j’arpente les vérités perdues et oubliées, je découvre les temples du savoir, la lumière de l’espoir et creuse, toujours plus profond jusqu’à entendre l’écho de nos Âmes en perdition. Elles se regardent et se fondent, s’aiment et se détestent, se détruisent et s’épuisent quand le soleil se vide dans leur cœur. Leur cœur, qui palpite, danse, chante, batifole, s’use et se brûle.

Non! Attention! Ne te consume pas ! Sinon que restera-t-il de moi ? Portes-moi à bout de bras, je suis si seul et perdu quand tu n’es pas là, à chercher des réponses que je ne trouve pas. Je n’ai plus que des équations vides en moi et pas de réponse sur moi. S’il te plait aide moi, je me perds dans tout ça. Je suis en train de fondre d’exploser de douleur, d’incompréhension, de non-sens, de mort des sens. Ne suis-je donc que ça ? Une erreur sans raison, sans expérience ni science. S’il te plait, mon cœur s’écroule à tes pieds, s’il te plait, je t’en supplie, prend moi la main et montre-moi le chemin, montre-moi la vérité, montre-moi le sens de tout ça, la logique, la finalité, mon utilité.

La lumière, la douleur et l’humidité le frappèrent de plein fouet lorsque, subitement, Raymond cessa d’écouter la respiration des lieux et que l’équation de la bibliothèque lâcha son emprise sur lui.

Il fut surpris de se retrouver ligoté à une chaise, le corps complètement trempé et autour de lui, Lady de Montignant et son majordome les yeux terrifiés plantés sur lui.

-Que se passe-t-il, trouva-t-il la force de dire.

-Vous plaisantez ! Explosa Lady de Montignant. Elle fulminait. Nous nous sommes fait un sang d’encre, cela fait des jours que vous errez sans raison dans ces lieux, sans boire ni manger, à marmonner dans votre barbe. Vous avez fini par devenir incontrôlable et agressif.

Raymond ouvra de grands yeux et balbutia quelque chose comme :

-Mais…. Non… Mais… Qu’est-ce que ? Que s’est-il passé ?

-J’ai réussi à trouver quelques éléments de réponses justement, lui expliqua Lady sur un ton plus calme et rassuré. Vous vous rappelez du livre que nous avons trouvé près de l’un des squelettes.

Raymond hocha la tête mais ne souhaita pas s’exprimer.

-Apres traduction, nous avons découvert que tous les squelettes présents dans la bibliothèque étaient en réalité des chercheurs qui s’étaient volontairement faits enfermer vivants. En réalité si l’Eglise voulait à ce point détruire cette finca s’était, parce que ces hommes souhaitaient égaler les Dieux. Ils avaient conscience que savoir et pouvoir étaient liés et que, plus ils en apprendraient sur le monde et son fonctionnement, plus ils s’approcheraient du Divin. Voilà pourquoi ces scientifiques désiraient tellement trouver la solution à leur énigme et leur équation. Et ils ont préféré s’enterrer vivants plutôt que tout perdre. Malheureusement, ils ont perdu leur esprit dans cette histoire. Ils ont tous été atteints d’une forme de fièvre du savoir. Cette même fièvre dont vous semblez avoir fait l’expérience ces derniers jours.

Raymond Gabaret lumière-Si je peux me permettre, reprit Raymond, je dirais plutôt qu’ils se sont trouvés face une forme d’opium intellectuel. Une exquise expérience, une divine équation qui séduit, enivre et emporte vers la folie. Quand j’entends ce que vous me racontez, je me demande profondément qui était le plus inquisiteur. Mais une chose est désormais certaine la connaissance a ses limites et à trop vouloir comprendre on finit par s’oublier. Merci à vous, dit-il en levant les yeux vers Lady de Montignant. A l’avenir je tacherai de prendre un peu plus exemple sur votre manière de respirer.

FIN

Retrouver la première partie de la nouvelle ICI et la seconde ICI.