Les nouvelles de l’été, un visiteur improbable, 3/3, Christine Guyot

Suite et fin de l’histoire de Jacqueline… quel est donc ce visiteur improbable? 

La nuit de Jacqueline fut peuplée de cauchemars où d’énormes pigeons aux dents de requin, une serviette blanche nouée autour du cou se mettaient à table pour dévorer des plantes argentées aux yeux arrondis par l’horreur.

improbable pigeonLe lendemain matin, les yeux cernés et la bouche pâteuse elle ouvrit fébrilement ses volets peu après que la cloche de l’église ait sonné 7 heures. Elle crut perdre la raison. Rien n’avait été épargné. On avait ratissé ses bacs à fleurs. Les plantes gisaient à terre, les racines à l’air, recroquevillées sur elles-mêmes, flétries, racornies. La terre avait été soulevée, malaxée, retournée et formait des cratères béants. Des dizaines de têtes multicolores, décapitées, recouvraient le sol telle une couronne mortuaire. Seuls les CD continuaient à osciller comme des pendus au milieu du charnier. Jacqueline porta la main à son cœur. Elle avait du mal à respirer. Elle ne savait plus s’il lui fallait hurler ou s’asseoir sur le lit. Elle choisit la deuxième solution, ses jambes ne la portaient plus.

– Ca peut pas être des pigeons … c’est pas des pigeons, c’est pas des pigeons… répétait-elle en boucle.

Puis elle entendit la voix de Marc qui résonnait dans le couloir.

– M’man vient voir criait-il tu vas pas en croire tes yeux ! Regarde qui est le coupable…

– …

La dépêche de Saint Léguin

Mardi 6 juin 2017

Dans la nuit de dimanche à lundi, les bacs à fleurs de Mme Jacqueline Fromental ont été dévastés et réduits à néant par un suricate, petit mammifère de la famille des Mangoustes, échappé du zoo de Plitance du Mouch.

D’après le directeur du zoo ce comportement inhabituel pourrait être lié à de la surpopulation. En effet, ces animaux qui traditionnellement vivent en groupe peuvent, lorsque leur nombre devient trop important, se disperser au loin à la recherche de nouveaux territoires. Le suricate se nourrissant essentiellement d’insectes et de petits rongeurs, ainsi que de tubercules ou de bulbes qu’il déterre avec ses pattes munies de fortes griffes est capable de déplacer son propre poids de terre en 20 secondes.

Le suricate vagabond, qui s’est avéré être une vieille femelle, a été récupéré sain et sauf par les pompiers après une chasse périlleuse dans le jardin de Mme Fromental. Cette dernière a affirmé n’avoir jamais rien vu d’aussi étrange et se dit dévastée par la perte de ses fleurs. Elle a d’ailleurs réclamé des dommages et intérêts à la direction du zoo.

« Ils vont me rembourser mes fleurs, c’est moi qui vous le dit » a-t-elle confié à notre journaliste « et aussi mon préjudice moral !» a-t-elle ajouté.

Affaire à suivre…

Charles G.

improbable visiteur

Un visiteur improbable, par Christine Guyot.