Apprendre à réaliser une critique constructive 1/2

A L’Echangeoir d’écriture nous préparons notre programme d’accompagnement personnalisé à l’écriture et la relecture. Du coup, nous avons pensé que nos réflexions sur la réalisation d’une critique constructive pourraient vous intéresser, pour vos propres textes ou ceux que vous lisez. En voici un petit résumé en deux parties. Aujourd’hui, vous trouverez des informations pour vous positionnez par rapport à l’auteur et au texte. Mardi prochain, nous vous proposerons des pistes pour analyser et transmettre.

une critique constructive

Prendre en compte l’auteur pour une critique qui passe

Un texte c’est une partie de soi. Pour l’auteur, c’est s’exposer, se dévoiler, être jugé. Bien sûr, il ne s’agit que d’un unique exemple de travail. Pourtant, dans le fond, c’est toujours un test sur notre capacité à écrire.

Selon l’âge, l’expérience, la confiance en soi, les auteurs ont différentes relations à leurs textes. Certains ont des doutes sur leur droit à écrire tandis que d’autres ne l’avoueront jamais (ou peut-être si !) mais ils se prennent déjà pour le prochain prix Goncourt… Il faudra donc prendre soin de ne pas détruire l’envie d’écrire de l’auteur tout en lui rendant la critique acceptable. Et puis, il faut aussi satisfaire les auteurs habitués aux relectures et qui (sans l’avouer eux non plus) attendent de vous la remarque providentielle. Bref, une critique constructive, ce n’est pas une mince affaire !

Parler uniquement et précisément du texte : le premier principe de la critique constructive. 

Ne pas attaquer l’auteur

Si on prend en compte l’auteur dans notre regard sur le texte, le mieux est de n’en jamais parler ! C’est paradoxal, mais cela évite d’une part les attaques personnelles (tu n’as jamais su faire…, pour qui tu te prends de raconter ça…). D’autre part, cela empêche de confondre texte et auteur. Dire à un auteur « tu dis que… »  alors que l’on reprend des propos d’un personnage ou d’un narrateur, c’est faire une erreur d’interprétation qui peut être très déplaisante. C’est aussi oublier que le texte doit être vu en tant qu’objet ayant des enjeux textuels (forme, signification, émotion, esthétique, éthique…).

Donner une vision générale et émotionnelle

Personnellement, avant que l’on me triture tel ou tel élément, j’apprécie que le lecteur me donne une perception globale du texte, de l’effet d’une lecture « innocente ». Je suggère donc de faire une première lecture sans annotation, puis d’en écrire un résumé. Marquez ce que vous pouvez dire de l’histoire, les sentiments que le texte vous inspirent, si vous avez aimé (ou pas) le lire, si une idée vous en reste.

Ne pas s’arrêter à l’orthographe et à nos goûts stylistiques

Bon, noter les problèmes d’orthographe, c’est important. Mais l’orthographe reste un outil qui demande une correction, pas une critique. Si l’orthographe vous gêne, demandez d’abord une correction et reprenez la critique ensuite.

De même ne plaquez pas vos goûts et aspirations sur le texte. Vous aimez les phrases courtes et ce ne sont que des phrases longues. D’accord, et bien les questions à se poser sont : est-ce en accord avec la signification du texte ? Est-ce que cela gênera tous les lecteurs ou seulement moi-même ? Une critique constructive oublie l’auteur, mais bien souvent aussi les goûts du bêta-lecteur !

Analyse des détails précis de façon argumentée

Il y a une règle importante, il faut éviter les formules floues du style « c’est inégal ». D’accord, on a compris que ce n’était pas du même niveau partout, mais où est le bon, où est le mauvais ?

le détail, clé de la critique constructive

Trouver le détail qui fait sens, qui donne vie au texte, comme l’insecte dans la forêt.

Quels sont les éléments qui vous plaisent ? Qu’est-ce qui vous semble moins adéquat ? Une critique constructive s’établit par rapport au style, à l’intrigue, à l’éthique, aux personnages, aux mots. Listez-les en relisant plusieurs fois. Et n’affirmez pas, argumentez et indiquez ce que cela transmet. Par exemple : « J’aime la musicalité de ce texte ». Vous pouvez le transformer en «  j’aime les choix de rythme (telle phrase longue qui alterne avec telle phrase courte), les sonorités (ici, les « » et « » qui renvoient à tel visuel), la trame symphonique, le balancement jazzy…. Tout cela m’a donné l’impression d’être dans un monde … / de mieux voir la personnalité du personnage, de mieux cerner le but final du texte ».

Conclusion : cherchez à expliquer chacune de vos intuitions.

Savoir se positionner en tant que critique/ bêta-lecteur c’est donc prendre une triple distance : vis-à-vis de l’auteur, du texte et de soi-même. C’est contraignant mais tellement enthousiasmant ! Vous cernez mieux le texte, vous voyez le processus d’écriture, les progrès de l’auteur. Et, si vous êtes vous-même écrivain, n’oubliez pas que cela vous entraîne à avoir un regard critique sur vos propres textes !

Mardi prochain je vous proposerai quelques fiches et questions types puis nous verrons comment exprimer tout ça à l’auteur. Bonnes lectures !

2 réflexions au sujet de « Apprendre à réaliser une critique constructive 1/2 »

  1. Bonjour l’échangeoir,
    Je me régale des articles que vous publiez sur des questions de fond enfin abordées par les spécialistes de l’écrit, et qui ne l’étaient pas ou que très peu jusqu’alors. La relecture et le regard sur les textes, qu’on peut aisément qualifier sans trop se méprendre de « conseil littéraire » sont des disciplines qui demandent force objectivité, souplesse, nuance et finesse. Rien de moins simple, en effet… Je rencontre cette démarche du retour en ateliers, et cela m’en apprend autant sur moi que sur les autres.
    Merci et à la semaine prochaine pour le prochain billet.

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