Avoir du style: ce que c’est et ce que ce n’est pas (1/2)

Qu’est-ce qu’avoir du style ?

               Sans doute la question du style est-elle ambitieuse pour commencer, mais c’est aussi une interrogation qui revient souvent. Autant donner tout de suite quelques pistes sur lesquelles nous aurons l’occasion de revenir.

                 Parce que c’est le plus simple, je vous propose pour commencer de chercher à définir, à partir de conseils d’auteurs et d’éditeurs, ce que N’est PAS le style.

La relation au style : chez les lecteurs et chez ceux qui écrivent.

           En allant vite, on pourrait dire qu’il existe deux catégories de lecteurs et d’écrivains. Il y a ceux, tout d’abord, qui s’intéressent avant tout à l’histoire, qui se jettent dedans pour savoir ce qui s’y passe, et ceux qui sont attentifs à la façon de la raconter, aux choix de langue et de structure. Bien sûr, les deux catégories sont perméables. On peut lire ou écrire d’abord pour l’histoire avant de recommencer pour le style. On peut rejeter un texte parce qu’il est mal écrit et dans le même temps se passionner pour une histoire dont on aimerait qu’elle soit écrite par quelqu’un d’autre. Rares sont néanmoins les lecteurs qui lisent uniquement pour le style. Resteriez-vous sur une histoire dénuée d’intérêt juste parce qu’elle est bien écrite ?

le "bon" style pour retenir le lecteur

Attrapé ! un bon texte doit attirer autant par la forme que par le fond.

            Une première conclusion s’impose : même chez le plus grand poète, la forme reste au service du sens.  Parce qu’elle le soutient, l’exalte, le transfigure. Elle ne le remplace pas. Et l’on peut tirer également une deuxième conclusion, a priori évidente, mais qui reste un point sur lequel achoppent de nombreux manuscrits : le style ne doit pas desservir l’histoire !

Plus de la moitié des textes que l’on nous soumet ne sont pas construits, ni vraiment écrits. Un livre est tenu par une langue qui doit être travaillée.[1]

 

Avoir du style : ce que ce n’est pas.

            Mettre son écriture au service de ce que l’on souhaite raconter c’est éviter bien des d’écueils communs à beaucoup d’auteurs novices. Voici une  liste d’éléments que l’on retrouve régulièrement dans les manuscrits rejetés et les ateliers d’écriture :

  • Un style ampoulé : utiliser des mots et des structures complexes qui rendent le texte difficilement lisible.  Multiplier les synonymes quitte à altérer le sens de ce que vous voulez dire. Avoir recours à des mots désuets et étaler tout son savoir linguistique…Alors qu’en fait, bien écrire, c’est souvent dire ce que vous avez à dire de la façon la plus directe. 

… la richesse du vocabulaire n’est pas une valeur en soi : chez Hémingway, c’est la limitation du vocabulaire, la répétition des mêmes mots dans le même paragraphe qui font la mélodie et la beauté du style[2] 

  • Etre  absolument exhaustif : chercher  à tout décrire, tout noter, le moindre visuel, les plus petites pensées et liens de causalité… Accumuler les participes présents ou les incises, les adjectifs et les adverbes… Parce qu’en réalité, écrire c’est choisir et passer sous silence ce qui n’est pas indispensable.

…de même que personne, sachant se comporter dans la bonne société ne s’aviserait de tout dire ; -ainsi aucun auteur comprenant les justes bornes du decorum et du savoir-vivre, ne se permettrait de tout penser : le respect le plus réel que vous puissiez rendre à l’intelligence du lecteur, c’est de partager amicalement la chose par la moitié, et de lui laisser à son tour, ainsi qu’à vous-même, quelque chose à imaginer[3].

  • La verbosité et/ou l’originalité à tout prix:  ce dernier point résume souvent les deux précédents. C’est la tendance à en rajouter, à redire la même chose parce que cela fait « joli », ça dénote, ça démarque. Ou encore chercher des formules tarabiscotées, des figures de style pour montrer sa capacité à manier la langue. Un choix stylistique peut permettre une pause si elle est judicieuse pour le récit, il ne doit jamais le ralentir.

Commencer à penser son style

Magie ou artisanat maison? Le style c’est un peu des deux.

En résumé, un bon test de relecture est de réfléchir à nos choix de mots et de phrases : sont-ils lisibles ? Entraînent-ils le lecteur à se plonger toujours plus dans l’histoire ou le ralentissent-ils ? Pensez à la lecture à haute voix, c’est souvent révélateur.

            Attention, néanmoins. Je ne suis pas en train de dire qu’il faille toujours simplifier ni que seules les phrases courtes et les mots courants sont à sauver. Chez certains auteurs les énumérations, les répétitions ou, à l’inverse, l’ampleur des champs lexicaux sont de magnifiques réussites stylistiques. Mais c’est parce que chaque mot, chaque ponctuation, parfois, est choisi; que sa place et sa relation aux autres éléments qui l’entourent donne du sens au texte. On en revient  à notre intuition de départ : tout dépend de la façon dont l’écriture soutient le projet de l’auteur.

            Avoir du style ce n’est donc ni faire complexe pour avoir l’air artiste ni faire simpliste parce qu’il faut que ce soit facile à lire. C’est travailler l’écriture, simple ou complexe, pour l’adapter au sens. C’est lui donner un sens de la façon la plus directe possible. Une fois cela compris, tout est permis ! Mais nous en reparlerons plus précisément la prochaine fois.

            Et pour vous, quels sont les plus gros défauts ? Les éléments rédhibitoires qui vous font abandonner un texte ? Ou encore, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?

[1]Héloïse D’Ormesson,conseils d’éditeur pour la boutique des auteurs: 
http://laboutiquedesauteurs.cultura.com/conseils/les-cles-du-succes/
[2]Milan Kundera, L'art du roman, Gallimard, Paris, p. 170.
[3]Laurence Sterne, La vie et les opinions de Tristram Shandy, 
Paris, Folio classique, VOL II, CHAP, XI, p. 192. 
© Pixabay (CCO)
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