Que fait-on à l’atelier Autour du polar ? Un exemple d’écriture du suspens.

Pourquoi un atelier Autour du polar ?

  • Parce qu’on aime en lire et en écrire !
  • Parce que le polar permet d’expérimenter des thématiques et des techniques particulières.
  • Et aussi parce que les outils du polar peuvent servir dans tous types d’autres textes.
  • Parce qu’il existe de grands polars et que le polar mérite bien un atelier spécifique.

pêle mêle Autour du Polar

Notre atelier Autour du polar

Pour toutes ces raisons, nous avons choisi de proposer un atelier Autour du polar. Pourquoi Autour du polar ?  Parce que, comme toujours, nous ne proposons pas une méthode “clé-en-main”. Pour nous, ça n’existe pas ! Ou alors peut-être pour des textes hyper standardisés…

Non, ce que nous proposons c’est d’approcher petit à petit les spécificités de textes et d’auteurs. Découvrir des outils, des techniques ou des fulgurances que l’on a envie de s’approprier. Observer différentes manières de mettre en mots une même thématique…

Chaque atelier est ainsi consacré à un sujet particulier, avec toujours plusieurs exemples, plusieurs possibilités. Par exemple : écrire la mort, l’interrogatoire, la violence. Créer un personnage de criminel. Trouver différentes formes de suspens…

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir un texte écrit dans un atelier “polar engagé”.

Bonne lecture à tous !

En vadrouille, autour du polar écologique par Régine :

Paul avait planqué la 4L sous un bosquet et nous avions continué à pied par le sentier qui s’enfonçait dans la pinède.

-Mieux vaut être discret. En principe, y’a jamais personne et il n’y a pas de gardien, j’ai vérifié, mais faut pas qu’on nous repère.

Autour du polar

Photo de Dirk Martins sur Unsplash

J’acquiesçai d’un mouvement de tête, mon copain connaissait le terrain, ce que je trouvais rassurant. Paul, c’est un Robin des bois, cette association qui milite pour la défense de l’environnement et la protection de l’homme. J’admire son combat et, lorsqu’il a besoin de nous, mon appareil photo et moi répondons présent.

Il était encore tôt et les rayons du soleil se faufilaient à l’oblique sous les pins, créant des jeux d’ombre et de lumière sur le chemin moquetté d’aiguilles. Je m’emplis les poumons de l’odeur résineuse des grands arbres, profitant du calme apaisant de la pinède. Les premières cigales lançaient leur cri stridulant, la journée serait chaude.

—  Nous y voilà ! chuchota Paul en se retournant à demi. À travers le feuillage, j’aperçus le grillage rongé de rouille de la décharge.

Par-là ordonna mon guide. Je me faufilai à sa suite dans un trou de la clôture pour déboucher sur une zone dégagée où la végétation avait repris ses droits. Les cistes, les genévriers, les arbousiers colonisaient le terrain, jaillissant entre les gravats et les fûts éparpillés. Des épervières ponctuaient de jaune d’or ce désordre bucolique. Mais Paul me ramena brutalement à la réalité, je n’étais pas là pour herboriser.

— Attention où tu mets les pieds, certains fûts sont percés !

Poalr

Photo de Elevate sur Unsplash

Inquiet, je fixai mes pataugas. La terre était sèche mais, alors que nous avancions prudemment, je vis une coulée brunâtre qui suintait goutte à goutte des bidons à demi ensevelis. Une odeur piquante déclencha une envie irrépressible de frotter mon nez. Je commençai à mesurer l’étendue du désastre en tournant la tête pour estimer les dimensions de la décharge. Endormie comme un grand fauve dans la chaleur soporifique, elle pourrait se révéler féroce et impitoyable à son réveil.

— Là et ça aussi !

Paul désigna certains fûts très endommagés dont la pestilence me fit grimacer mais je retrouvai vite mes réflexes de photographe. L’appareil déclencha, furtif grâce au mode silencieux. Il fallait un maximum de clichés, des gros plans avec les inscriptions encore visibles sur les couvercles des fûts quand ceux-ci étaient marqués. Je n’étais pas là pour esthétiser des rebuts mais pour fournir des preuves au dossier de dénonciation des Robins des bois.

Tout à notre inventaire, Paul me donna quelques explications.

— Ici, nous sommes sur une décharge de type 2, donc à priori nous ne devrions pas trouver de déchets toxiques comme des boues au nickel, des produits amiantés et même de l’huile de pyralène. Au départ, la société qui l’exploitait n’y déversait que des gravats du bâtiment mais elle est passée de mains en mains et, cerise sur le gâteau, le cahier qui consignait obligatoirement l’entrée des matériaux sur la décharge pour les années 1979-1986 a été malencontreusement perdu. Le propriétaire actuel, la Cotimex, gros groupe industriel, affirme qu’il n’y a là que des ordures ménagères, des gravats de chantier et des déchets verts, le tout conforme à la législation des décharges de type 2. Ces mecs se foutent de la gueule du monde !

— Et que prévoit la loi ?

— La loi ?

Paul s’était tourné vers moi avec brusquerie, provoquant l’envol d’un corbeau. D’un coup d’aile, il alla se poser sur un chêne qui régnait sur un monticule de gravats colonisé par les orties. Comment la nature pouvait-elle s’accommoder de ces dépotoirs ignobles ?

— Les procédures judiciaires sont longues et incertaines. En plus, le responsable de la Cotimex est un proche du président de région, il n’hésite pas à faire des cadeaux, ce que moi j’appelle bakchich. Non, ce qu’il faut, c’est coincer ces fumiers et les dénoncer dans les médias. Le préfet a été mis au courant, mais ils prétendent avoir mis fin à l’exploitation de cette poubelle à ciel ouvert et évacué tout déchet toxique. Mais ça reste à prouver, la forêt cache la misère et loin des yeux…tu m’as compris !

Je fis un pas de côté pour me rapprocher d’un bidon sacrément cabossé mais Paul me rattrapa par la manche

— Fais gaffe ! C’est glissant et ça pue trop par là. Cette mélasse dégueulasse, elle pourrait trouer tes semelles et te donner de l’eczéma en attendant pire.

— Pire ! Comme tu y vas !

— Regarde ! Pas de membrane d’étanchéité sous les fûts, ni de système de drainage des eaux. Ça ne se voit pas à l’œil nu, mais peu à peu, les écoulements toxiques infiltrent la nappe phréatique qui alimente l’étang où vont pêcher les retraités du coin. L’un d’eux nous a signalé apercevoir de plus en plus souvent des poissons qui flottaient le ventre à l’air.

— Il faudra que j’immortalise ces poissons qui font la planche, non ?

— Oui, mais ce n’est pas une preuve tangible. Nous avons fait des prélèvements pour prouver que les substances qui se répandent dans le sol sont d’une grande toxicité. Ils sont en cours d’analyse. En plus de la contamination de l’eau, il y a le risque d’incendie. Pendant les périodes de canicule, la pinède est hautement inflammable et t’as vu à quelle distance se trouvent les premiers pins ?

Je levai la tête, soudain effrayé par la probabilité d’un incendie. Nous serions carbonisés en moins de deux

—  On a posé la question à un pompier. Il nous a expliqué que s’il dirige les lances à eau sur les fûts, ça peut provoquer la formation d’acide fluorhydrique. Toxique et volatile, donc risque de brûlure grave. Le plus dangereux reste le pyralène, c’est pour ça qu’il est interdit dorénavant. Sous l’effet de la combustion, il dégage de la dioxine qui va s’éparpiller et qu’on va retrouver dans la chaîne alimentaire, provoquant des fausses couches, des malformations chez les nouveaux nés et des cancers en veux-tu en voilà. Après ça, va prouver que ton crabe est dû à l’incendie de la décharge ou bien au poisson de l’étang dont tu te régalais en toute insouciance ! Tu fais la culbute et eux, les pollueurs criminels, continuent à se remplir les poches sans être inquiétés. Le crime parfait quoi !

pinède

Photo de Miguel Ángel Sanz sur Unsplash

Je transpirais à grosses gouttes et le soleil qui s’était mis à taper dur n’était pas le seul responsable, les propos de Paul me donnaient la nausée. Si je n’avais encouru aucun risque lors de nos précédentes interventions, j’étais en train de réaliser qu’ici, il n’en était pas de même et je commençai à regretter de n’avoir pas enfilé une combinaison et un masque de protection.

— On va encore explorer le …

Paul se tut brusquement, le regard tourné vers la forêt.

— T’entends pas ?

Je tendis l’oreille jusqu’à percevoir le bruit d’un moteur cahotant dans le chemin forestier.

— Filons, vite !

Nous avons couru jusqu’à la déchirure dans le grillage, nous précipitant sous le couvert en ahanant. À peine tapis sous un bosquet d’yeuses, nous avons vu surgir un petit camion, son plateau chargé de fûts.

Je vis briller les yeux de Paul

—  Cette fois ci on les tient, les saligauds ! Mitraille-moi ces ordures en train de décharger leur poison, des gros plans, je veux des preuves flagrantes. Et crois-moi, on va leur faire bouffer leur merde sans attendre que le village voisin agrandisse son cimetière.

Régine, avril 2021.

 

 

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